GHT : l’interopérabilité des SI, une étape à ne pas manquer

Avec les nouvelles organisations en GHT, les établissements de santé vont devoir faire évoluer leurs systèmes d’information et mutualiser leurs solutions logicielles métiers à terme (DPI, GAM, etc.).

Pour François Decourcelle, Expert en Interopérabilité et Responsable de l’offre logicielle pour
Enovacom, l’interopérabilité sera une des premières étapes nécessaires pour faciliter rapidement le partage de l’information médicale entre établissements.

La création des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) génère de nombreuses interrogations de la part des décideurs hospitaliers quant aux nouvelles organisations à prévoir. Quels seront les impacts sur les Systèmes d’Information (SI) plus précisément selon vous ?

François Decourcelle : La législation prévoit que les GHT soient déclarés dès le 1er janvier 2016. Ils verront des centres hospitaliers (CH) se rapprocher des CHU ou des structures les plus importantes à l’échelle d’un bassin de population ou d’un département. Mais les organisations et les contours juridiques de ces groupements mettront vraisemblablement plus de temps à se dessiner. Et les SI n’échapperont pas à ce phénomène. Il est certain que les services informatiques seront appelés à se rapprocher, ou du moins à mutualiser une grande partie de leurs missions.

Peut-on dès lors s’attendre à des redéploiements de postes de Directeurs des Systèmes d’Information (DSI) ?

F.D. : Il y a aujourd’hui une forte pression sur les DSI, qui s’attendent à un prochain transfert de compétences depuis les CH vers les établissements pivots des GHT. Les ressources humaines et matérielles seront ainsi mutualisées, comme pour le Département des Affaires Médicales (DIM) ou les Instituts de formation. Il existe des attentes fortes désormais autour de l’organisation des SI, qui sera un levier important de l’organisation des GHT.

« Les gestionnaires vont devoir envisager plusieurs étapes […], notamment rendre les
solutions existantes interopérables »

Quels seront les enjeux majeurs de la mutualisation des SI au sein d’un GHT ?

F.D. : L’enjeu majeur est d’éviter de nouveaux investissements lourds pour les établissements de santé à court terme. Les budgets sont de plus en plus serrés, les dépenses à maîtriser : l’objectif ici n’est pas de se rapprocher du SI unique, mais de privilégier l’interopérabilité entre les solutions logicielles existantes. Le problème principal vient du nombre important, qui varie entre 40 et 400, de logiciels existants et de leur hétérogénéité. À l’heure actuelle, il est impossible de les faire communiquer tous entre eux.
Les gestionnaires vont devoir envisager plusieurs étapes :

  • la première s’attache à s’adapter au SI existant et rendre les solutions existantes interopérables pour se préparer dès demain aux GHT.
  • la seconde, à dérouler sur un plus long terme, consiste à faire converger les logiciels par le remplacement des solutions redondantes.

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L’interopérabilité des Systèmes est donc une étape à ne pas manquer ?

F.D. : Si l’on choisit les deux facteurs importants pour les établissements de santé, à savoir le temps consacré au projet et le budget alloué, l’interopérabilité est la première réponse pour organiser des GHT viables en 2016. Envisager immédiatement la convergence logicielle va contraindre les établissements à réaliser des investissements importants pour l’achat de nouvelles solutions, avec des étapes incompressibles de choix et de déploiement qui risquent de durer des années.

En revanche, si l’interopérabilité est privilégiée pour homogénéiser le parc applicatif, on procède par petites touches, avec des temps de mise en place et des coûts réduits, lissés dans le temps. Si les GHT doivent être opérationnels d’ici un an ou deux, nous devons envisager l’interopérabilité des systèmes. Et rappelons-le, la philosophie du GHT, la Ministre le rappelle sans cesse, c’est d’abord fluidifier les transferts d’informations des patients et les partager entre tous les acteurs de leur prise en charge. Le patient doit être remis au cœur du système de soins.

Le partage de l’information est donc plus important que l’harmonisation logicielle ? 

F.D. : Tout à fait ! Et nous devons aller plus loin dans la réflexion, voir au-delà de la structure publique. L’hôpital s’ouvre vers la ville, vers les établissements privés, des projets régionaux se développent de plus en plus. Ajouté à cela la relance du DMP qui va bientôt entrer dans la danse, l’enjeu est donc de faire en sorte que tous les logiciels métiers soient en mesure de communiquer avec fluidité avec l’ensemble des structures de soins. Attention à prendre en considération la gestion de l’identité du patient. Cette question doit être centrale pour garantir le partage efficient de l’information médicale.

« Il faut être capable de suivre le rythme des nouveaux standards d’interopérabilité »