Comment organiser les flux d’informations entre acteurs de santé ?

Difficile d’assurer le partage et l’échange des données sans une démarche d’urbanisation propre à la fois à simplifier les systèmes d’in­formation et à garantir leur alignement avec la stratégie des acteurs de l’offre de soins. Par analogie avec l’organisation et le plan de cir­culation d’une ville, l’urbanisation facilite en effet la transformation continue du système d’information.

« Urbaniser, c’est piloter la transformation continue du système d’information pour le rendre plus agile, plus efficient et plus cohérent afin de le simplifier dura­blement. »

(Club URBA-EA, club des urbanistes et architectes des systèmes d’infor­mation).

L’urbanisation facilite la transformation continue du système d’information

L’Anap décrit l’urbanisation comme « une démarche en quatre phases qui alimente un cycle de gouvernance du système d’information ». .

Il s’agit dans un premier temps de savoir : d’où l’on part, quelle cible on vise, grâce à quel plan d’évolution et pour quels résultats (en d’autres termes, de définir le schéma directeur des systèmes d’information). Cela tout en évitant de figer les situations, ce qui signifie savoir aussi : identifier les évolutions, adapter la cible et les principes directeurs d’urbanisation.
On retrouve, parmi les facteurs de succès de l’urbanisation, les déterminants classiques de la réussite d’un projet SI : implication de la direction , association des responsables métiers, équipe d’animation, communication, formation, priorité aux processus clés, progression par tâche d’huile, etc. sans oublier, bien sûr, l’utilisation de référentiels.

Acteurs territoriaux, régionaux, nationaux : qui fait quoi ?

En mai 2016, une première instruction de la DSSIS (complétée par un nouveau texte en janvier 2017), a précisé le rôle des différents acteurs : le niveau national ayant autorité pour définir le cadre général de l’urbanisation des SI de santé (ou cadre commun des projets e-santé), les ARS ont la main sur la politique régionale d’e-santé, tout en assurant la mise en œuvre des politiques nationales ; elles sont assistées en cela par les maîtrises d’ouvrage régionales des SI (transformées, depuis, en Grades, groupements régionaux d’appui au développement de l’e-santé).

Il est acquis, depuis les travaux du GMISH, qu’adopter une démarche d’urbanisation du Système d’Information Hospitalier est un levier majeur pour la direction informatique afin de garantir la gouvernance et l’évolutivité du système d’information de son établissement.
Et pourtant, 12 ans après la publication de ces travaux et plusieurs plans d’accompagnement mis en œuvre par les tutelles pour moderniser le SI hospitalier, force est de constater que les technologies utilisées dans un hôpital restent insuffisamment communicantes au regard des besoins de prise en charge des patients et de coordination des acteurs qui assurent cette prise en charge.

Les technologies utilisées dans un hôpital restent insuffisamment communicantes au regard des besoins de prise en charge des patients et de coordination des acteurs qui assurent cette prise en charge.

Ce problème est encore plus aigu aujourd’hui où le système d’information ne doit plus être pensé pour l’hôpital, mais axé sur le territoire (le groupement hospitalier de territoire, les professionnels de santé du territoire), avec la prise en compte de services structurants qui peuvent être proposés au niveau régional (les services des GRADES), au niveau national (DMP, MSSanté notamment) et des contraintes budgétaires qui restent fortes.

Ces nouveaux besoins s’ajoutent bien souvent sur des systèmes pas totalement matures et peuvent en déstabiliser la cohérence globale. Pour répondre à ces be­soins, et limiter le risque inhérent, le complément logique d’une démarche d’urba­nisation est celui de faire le choix de retenir une approche normalisée des inter­faces entre toutes les composantes du SI, basée sur les standards internationaux.

Cependant, pour qu’elle apporte toute sa valeur, cette approche doit être maitrisée.

Il n’est pas suffisant de faire référence à tel ou tel standard ou profil d’intégra­tion dans un cahier des charges. La démarche sous-jacente se veut beaucoup plus approfondie et participative en impliquant les utilisateurs puisqu’elle doit partir de la définition des cas d’usage que l’on veut traiter, jusqu’à la qualification des briques de SI concernées par les interfaces, pour enfin identifier les transactions et les messages qui seront échangés entre les systèmes d’information concernés. C’est une démarche plus lourde mais qui « paye » dès la mise en œuvre de la recette de la nouvelle solution et tout au long de sa maintenance.

Le rôle d’Interop’Santé en France expliqué par Jean-Charles Dron

« C’est le rôle d’Interop’Santé en France que d’accompagner ce mouvement et de faciliter son adoption en travaillant avec ses adhérents à la « localisation » des stan­dards et profils d’intégration internationaux, c’est-à-dire à leur adaptation à des contextes nationaux et à leur adoption par le plus grand nombre.

C’est d’ailleurs actuellement le cas pour la dernière génération du standard HL7, FHIR (Fast Healthcare Interoperability Ressources) dont on constate une très forte appropriation par les fournisseurs de solutions, notamment du fait des réponses qu’il apporte aux problématiques de mobilité et de systèmes d’information exter­nalisés. Interop’Santé accompagne cette adhésion en pilotant plusieurs groupes de travail dont la finalité est de définir les ressources FHIR pour la France, adap­tées au contexte et aux pratiques des utilisateurs de notre territoire.

 Enfin, il faut quand même garder en tête qu’une approche urbanisée et appuyant son interopérabilité sur les standards ne pourra jamais couvrir tous les besoins spécifiques d’un établissement et il faudra toujours des systèmes facilitateurs, en relais, pour apporter un peu de souplesse et d’ouverture dans cette approche.  Les EAI jouent ce rôle-là, et sont de fait déjà très présents dans la très grande majorité des établissements de santé. Encore faut-il qu’ils soient positionnés comme des composantes à part entière de l’architecture du SI et s’intègrent pleinement dans la démarche d’urbanisation retenue. »

Jean-Charles Dron, Consultant eSanté et membre d’Interop’Santé