Biologie médicale : priorité aux partages des résultats d’examens

Développer le partage dans le domaine de la biologie médicale répond à des besoins prioritaires des professionnels de santé. 60 à 70 % des diagnostics dé­pendent en effet des résultats des examens biologiques, proportion qui peut s’éle­ver, selon l’Anap, jusqu’à 80 % en milieu hospitalier. Or la rupture de la chaîne d’in­formation entre tous les intervenants qui participent au diagnostic et à la prise en charge reste fréquente : soit les résultats continuent de circuler au format papier et doivent être scannés, soit ils sont informatisés mais difficilement lisibles et mal intégrés dans les logiciels des destinataires, par défaut de structuration et/ou standardisation.

Le projet Albiom (Alsace biologie médicale) a démarré en 2013

L’objectif ? Offrir aux médecins le moyen de visualiser les résultats structu­rés des examens biologiques qu’ils prescrivent, de façon homogène et ergo­nomique (navigation intuitive, valeurs et graphiques lisibles, historique …), ceci quel que soit leur laboratoire d’origine.

Le Groupement de Coopération Sanitaire Alsace e-santé a choisi, à l’époque, de faire reposer le projet sur les avancées de la région en matière de dé­ploiement du dossier médical partagé (DMP) et de s’appuyer sur les référen­tiels mis à disposition par l’ASIP Santé (CDA R2, LOINC). La mise en œuvre de prototypes a permis de valider l’adhésion des divers acteurs de santé au projet et de démarrer sa généralisation dans la région.

Début 2017, près de 70 laboratoires alsaciens avaient déposé plus de 30 000 comptes rendus de biologie dans près de 8 000 DMP, ces résultats représentant alors 45% des documents disponibles dans ces dossiers partagés. Les travaux engagés dans le contexte d’Albiom ont permis d’ouvrir d’autres perspectives. Ce d’autant plus que le décret biolo­gie de 2016 a contraint les laboratoires à structurer leurs comptes rendus et utiliser la MSSanté, d’ici à 2020.

 

Plus récemment, un coup d’accélérateur à la réception de comptes rendus structurés d’examens de biologie a été donné avec le programme Terr-eSan­té (Territoire de soins numérique en Ile-de-France). Les comptes rendus sont échangés via la plateforme d’interopérabilité d’Enovacom qui fait fonction de « traducteur » si nécessaire (par exemple transformation du format HPRIM en CDA R2 N3 et intégration de la codification LOINC dans les fichiers). Elle référence les divers acteurs et les formats de communication employés ; elle peut ainsi se charger de transmettre le document au bon destinataire et au format attendu par celui-ci. Il est envoyé via la MSSanté et alimente le DMP, ainsi qu’un serveur de résultats accessible par le patient.

 

Au printemps 2018, près de 300 professionnels étaient engagés dans Terr-eSanté. Le projet, qui couvre un territoire de 370 000 habitants au nord-ouest du Val-de-Marne et à l’ouest du XIIIe arrondissement de Paris, va maintenant être étendu – suite à l’appel à projets e-parcours – à 500 000 Franciliens supplémentaires.

En outre, ce chantier contribue à la progression d’autres régions sur ce même domaine.

Anne Doly, administratrice de la SFIL

« Créée en 1985, la Société française d’Informatique de Laboratoire (SFIL) regroupe des biologistes privés et hospitaliers et des industriels afin de promouvoir le dé­veloppement et l’évolution des logiciels de laboratoires de biologie médicale, et de favoriser les échanges entre tous les partenaires concernés. Elle rassemble plu­sieurs groupes de travail autour de sujets tels que les objets connectés en biolo­gie, le RGPD, LOINC, etc.

Dans la perspective des groupements hospitaliers de territoire, les changements concernant l’organisation de la biologie médicale sont nombreux. Si l’on porte par exemple l’attention sur la récupération des résultats de biologie de ville par un établissement du GHT, elle nécessite :

– une prescription hospitalière identifiant patient et prescripteur sans aucune ambiguïté,

– un serveur de résultats et une organisation des paramédicaux vérifiant la présence des résultats informatisés au niveau du DPI (si ces deux conditions ne sont pas remplies, le laboratoire utilisera le fax de l’établissement comme une imprimante délocalisée),

– en admettant que ces conditions soient remplies, l’abandon de Hprim au profit d’HL7 constitue une étape à valider ; de même, le paramétrage du SGL (système de gestion de laboratoire) devra être stabilisé afin d’éviter des envois redondants à l’établissement.

La DSI et chacun des laboratoires auxquels le patient est susceptible de s’adresser ne peuvent négliger le temps à consacrer à ces mises au point… même si les uns méconnaissent encore trop souvent le travail des autres ! »